La famille Brown est vaste au regard des quinze membres (Austin, Jarell, Stanley...) que Chris remercie dans le livret de son premier opus. Et quelque chose nous dit qu'ils ne seront pas de trop pour veiller au bon déroulement de la carrière du natif de Virginie tout juste âgé de seize ans.
L'année 2005 nous a montré ce que le Hip-Hop/Soul business pouvait avoir de fatal sur les éléments les plus prometteurs qu'il révèle. Le 27 janvier, l'interprète du titre Crunk par excellence 'I like that' et choisi par Mc Donald pour illustrer une campagne événementielle à la suite du 'I'm lovin' it' de Justin Timberlake -Houston- alors en pleine promo de son album 'It's already written', tente de s'ouvrir un ½il dans la salle de bain du Cinq étoiles londonien qu'il occupe. Le garde du corps qui lui vint en aide déclara que le jeune artiste avait 'cherché à chasser le démon qui l'habitait, que c'était le seul moyen qu'il pensait avoir' (...) Cassidy a qui on devait l'excellent et tendancieux 'Hotel' auquel s'était joint R.Kelly risque la peine de mort, ou du moins la prison, dans le cadre d'un homicide. Le 17 juin dernier, l'affaire était portée devant les tribunaux de Philadelphie. Quant à Fantasia Barrino ('leur Amel Bent'), un temps pressentie pour donner la réplique à Beyoncé Knowles et Jamie Foxx dans l'adaptation pour le grand écran de la vie des Supremes -groupe dont Diana Ross était la lead vocal- elle reconnaît le 30 septembre dernier au cours d'une interview télévisée être 'fâchée avec les mots'. Tant et si bien que déchiffrer le moniteur pendant les directs d'American Idol était une épreuve pour elle comme 'les termes du contrat qu'elle signait' aussitôt après avoir emporté la finale. Autant de déconvenues qu'on préfèrerait éviter à Chris Brown dont les vêtements over sized, la peau laiteuse et le sourire de chérubin trahissent l'essentiel des vertus.
L'album éponyme de Chris Brown, puisque c'est là ce qui nous intéresse, se révèle fondamentalement harmonieux et l'artiste à la hauteur des prods qu'il défend. Son répertoire n'est pas exhaustif en nuances et le thème de l'amour quitte rarement ses lèvres. 'Young love' ainsi que 'Yo (excuse-me miss)' sont, sans conteste, les deux joyaux de ce premier opus et l'occasion pour Chris de se prononcer contre cette tendance qu'on aurait à relativiser systématiquement les amours adolescentes, le vertige des premières fois. Et en définitive, il n'a pas tort puisque ce sont bien celles dont on se souvient toujours et qui plus est, avec émotion. 'Run it !' avec en featuring le new-yorkais Juelz Santana, sensationnelle bombe dancefloor restée plus de 18 semaines au sommet des charts américains (et depuis 25 semaines -soit un semestre !- dans leur top 10), même si elle devrait nous tenir jusqu'au printemps en haleine sur les pistes, s'avère assez éloignée de la teneur même de l'album. Bien plus Soulful.
Beaucoup voudrait voir en Chris Brown le prochain Usher, à commencer par sa manager, Tina Davis. Licenciée de chez Dej Jam (label repris par Jay-Z il y a tout juste un an) où elle occupait les fonctions de directrice artistique senior ; elle prend sous son aile le jeune homme après l'avoir entendu chanter dans la chorale d'une église de Tappahannock, à 2 heures de voiture au Sud de Washington. Une semaine après, elle lui obtient un contrat chez Jive Records, nous sommes en décembre 2004.
Et l'on conçoit mieux ce qui a pu d'emblée la séduire : le timbre de Chris Brown se fait par moments quasi androgyne, maléable à souhait. Le revers est que certains morceaux en deviennent trop passe-partout ('Winner', 'Is this love ?', 'Poppin'), même impersonnel, quand l'instru du 'Say goodbye', se confond à s'y méprendre avec du K-Ci & Jojo. Difficile de se distinguer de ses mentors à un âge où ceux-ci couvrent encore les murs de sa chambre. Ceci dit, quand d'autres nous font broyer du noir avec des arrangements proprement dark et ultra sophistiqués, la fraîcheur de ce que Chris Brown a à offrir ne pourra que 'nous', et 'le' servir... business is business, vous disait-on.